LA COURSE ÉPERDUE DU GOSSE ENFLAMMÉ
Ni récit ni poème, La course éperdue du gosse enflammé se gagne en quatre étapes d'inégale longueur et d'inégale intensité. Des souvenirs d'enfance égrenés au vent à la rencontre du désir sensuel, le « gosse» se heurte au monde, à l'autre et à lui-même.
Vénus, autre vagabonde insatiable, sa nécessaire héroïne, est le tison qui l'« enflamme ». Mais c'est une « course perdue d'avance », une fuite impossible vers l'imaginaire, un « devenir» qui s'accomplit dans la lutte. Et sous le choc jaillissent les mots, surpris dans les interrogations, cabrés dans les exclamations, toujours en mouvement, lancés à la poursuite les uns des autres. L'écriture garde ainsi la trace vive de cette course contre soi-même : haletante, bousculée, virevoltante, la prose des premiers textes a des accents d'oracle.
De fragment en fragment, ce petit livre prend le lecteur à témoin du passage à l'acte d'écrire - véritable effraction de l'imaginaire dans le quotidien. Tantôt poésie suspendue aux lèvres de la vie, tantôt drama-turgie intérieure projetée sur le réel, il interroge les tenants et aboutissants de la création littéraire. D'ailleurs, hésitant entre la fuite et la provocation, c'est sur la « plage blanche » que le corps écrivant termine sa course. Yann Bourven prolonge ici une oeuvre au lyrisme acidulé, commencée avec Face à la mer et Mon Héroïne. La dernière (très jolie) scène où il s'adresse à sa « Dormeuse » semble achever un cycle au terme duquel il nous a convaincu d'une chose : une voix affirme sa venue à l'écriture, qu'on sera attentif à écouter.
Mathilde Thorel, SOFA n° 27, le 01-06-2004
