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"Apprendre à vivre"

Alors qu'elle cueillait des jussies, la peintre et sculptrice Lydie Arickx sent sa tête tourner, prémisse d'un malaise inattendu, brutal et vertigineux. Elle prend alors le chemin des consultations successives dans la froideur du milieu médical. Le diagnostic est ferme: une tumeur bénigne logée dans le cerveau, nécessité d'une opération chirurgicale très risquée. Le corps et l'esprit vacillent. Le livre retrace cette période douloureuse d'incertitudes.
Même s'il est construit comme un journal personnel, ce texte confronte l'angoisse du réel et la fiction de l'espérance. Refuser l'idée de la mort. Il lui faut éviter le naufrage, ne pas se noyer dans "une pluie de chagrin, nager dans la mer de l'angoisse, remonter la rivière de la force et enfin retrouver "les eaux" matricielles d'une re-naissance !
Subtilement, Lydie Arickx trouve la bonne distance entre son texte et le lecteur en contournant le pathos et l'écriture blanche. Pour cela, elle sculpte ses phrases avec la sensibilité entière d'une artiste. Apprendre à écrire comme réapprendre à vivre, tel est l'enjeu de ce livre.
"NOUS VIVONS", par ce titre fort et affirmatif, elle nous raconte aussi son histoire d'amour avec ses proches. Le Nous implique le regard inquiet des autres, il faut lui faire face. Ainsi, écrit-elle, "l'amour renverse tout ce qui le remplit".
Avec son approche de peintre, Lydie Arickx affirme que "le bonheur est pour chacun une couleur différente". Ce beau texte sensible et introspectif, éclairé par la lumière de la création littéraire nous offre un grand vertige, celui de l'amour de la vie.



Jean-François JAMBOU

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"Une écriture au scalpel"

Pourquoi après les quatre cents pages foisonnantes du Voyage du Dité, ce Mahu de cent pages ? Pourquoi cette écriture au scalpel, épurée, dégraissée et pourtant d’une sensualité et d’une efficacité démonstrative incomparables ?
Les textes de Bruno Edmond se situent toujours précisément là où le langage se dérobe. Il n’est pas seulement fondé à le faire, il en a le rare talent. Son dernier livre Mahu (Diabase 2014) est un nouveau regard porté aux racines les plus souterraines de l’humain. L’originalité et la force de ce regard tiennent à ce qu’il n’est ni celui d’un clinicien, ni celui d’un anthropologue, que le discours n’est pas celui d’un philosophe et se démarque d’une expression purement poétique que Bruno Edmond peut cultiver ailleurs ; ce regard, cette langue cherchent chez le lecteur l’écho d’une humanité primale, à l’aube de toute parole, en- deçà du bien et du mal.
Mi animal, mi humain, chiffonnier emmitouflé dans ses hardes, sans-abri, voleur de poules, sans âge, sans autre langage que des cris capables de tuer, poussé par la faim et le froid, Mahu bouscule de sa stature grotesque ce récit faussement distancié. Et sous sa démarche pesante, giclent des images fulgurantes et inattendues comme celle de Nietzsche étreignant un cheval battu avant d’être interné chez les fous.
Bruno Edmond, dans Mahu, plus calmement, plus sereinement encore que dans ses précédents textes, interroge la folie de l’intérieur, pas la folie des fous, plutôt celle du monde. Il nous demande pourquoi les choses existent plus que les êtres. Le sait- il lui-même ? Il nous demande qui vit à l’intérieur des ombres. Il a au moins le mérite de poser les vraies questions. Mais ce n’est pas un donneur de leçon. Enfin, si, un peu quand même : par exemple quand il nous demande : – Enfants qu’y-a-t-il dans le noir ? Il répond : – La bête.
Il y a chez Bruno Edmond une force, une nécessité, qui le poussent à construire lentement, hors des modes et des circuits, avec toute la circonspection d’un alchimiste qui pèse chaque mot, une œuvre dont je ne suis pas certain que notre siècle saura reconnaître l’importance mais dont je ne connais pas de lecteurs qui n’en aient été profondément marqués.

http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/culture/litterature/item/mahu

Bernard Péchon Pignero in « Reflets du Temps »

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"Mahu le Magnifique"

Je viens de lire «Mahu». Il est assez difficile à lire car il a quelque part la dureté du rêve qui vient de nous abandonner et nous laisse dans un état opaque.
C’est un texte très beau, ouvert et paradoxal, brutal et tendre, mythique et comique. S’il est ouvert c’est parce qu’il n’y a pas selon Bruno Edmond de sujet bien défini, univoque - pas de sujet dans une seule catégorie. Mahu se disloque en une pluralité de sujets. Mahu n’est pas un personnage de roman. Sinon il parlerait, d’une manière ou d’une autre. Mais il ne parle pas, il crie : c’est un crie qui tue. Et là agit une rémanence formidable de cette force comique.
Mahu ne s’intéresse pas au langage mais il est attentif à la disposition qui serait comme un pré-langage. Les grands textes «parlent» de ces longues hésitations, d’être sur le seuil, à la frontière ou avant que se précise un ordre - social ou langagier. Mahu est l’habillé multiple, comme nous le sommes. Des sujets qui se juxtaposent ou se superposent, des sédiments. Chacun de nous est proprement là, c’est-à-dire ailleurs. C’est je crois le sens que l’auteur donne à ce mot mallarméen de Vacuités, ce mot qui revient dans ses textes, comme un non lieu. La personne humaine - individu mondial - rêve sans doute de Babel comme elle rêve d’un sujet unifié, tout un.
Ce que réussit l’écriture de Bruno Edmond, c’est la mise à distance. On s’éloigne un temps de Mahu pour aller vagabonder ailleurs mais on a l’impression que Mahu continue son chemin. L’errance est le non-chemin. On peut toujours cheminer d’une catégorie à l’autre, d’une route à un sentier par exemple pour constituer un langage, il n’empêche que l’errance est précisément un état qui n’a ni début ni fin et qui ne peut être mis à demeure. L’action brute se fiche pas mal des catégories et des classes. Mahu semble avoir un quelque chose en plus que l’auteur : il a déjà renoncé au langage, il s’en est écarté comme il s’est écarté des hommes. Les actions de Mahu sont des dispositions.
Mais le langage dans toutes ses apparitions permet de fixer l’indicible. Travail de la poésie, en quelque sorte. L’apparition de la conscience, fût-elle celle d’une plante, se réalise à travers toutes formes de langages. Le sujet quand il écrit, l’auteur, se révèle à lui même disloqué. A la fois Mahu et arbre, ténia, anachorète ou Nietzche et jusqu’au Cheval, embrassé par N. Dans le rythme, l’écriture de Bruno Edmond montre l’effet redoutable du langage entre inventaire (fou, libre, parataxique) et typologie.


Gilles CUOMO

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